vendredi 18 décembre 2015

La Mangouste et le Cobra





La mangouste et le cobra



« Entre la mangouste et le lieu,
Je dis la langouste est le mieux. »

Qu’on me pardonne cette petite introduction en forme de vers - calembour contre pétant  qui n’a pas grand rapport avec le menu, du moins pour ce qui concerne la langouste, mais elle me plaît et j’espère qu’elle vous plaira itou. Pour mettre en piste deux animaux aussi peu courants que la mangouste et le cobra, il faut bien s’attendre à se trouver sous des cieux passablement exotiques, assez éloignés de la Place de la Concorde ou du Mont Saint Michel, encore que, de nos jours, la mondialisation aidant, on ne s’étonne plus guère de se trouver nez à nez avec un indien Jivaro au détour d’un chemin creux du Dordogneshire ou avec un chef guerrier Peul – triste cire – parmi les statues du musée Grévin !

Ce matin-là, une brise tendre et légèrement moite venant de la mer caressait  intimement ma poitrine en s’infiltrant par les boutonnières de ma chemisette de coton blanc et, de la brume bleutée - annonciatrice d’une chaude journée - qui masquait l’horizon et le soleil, s’échappaient des sons aquatiques ouatés comme des ordres de marins, des cliquetis de chaînes, des peuf-peuf  de moteurs lents ou des gueulements de cormorans en rut pour je ne sais quelle destination…Assis sur le parapet de pierre, les pieds ballant dans le vide, je contemplais ce spectacle sans images – un peu comme on écoute la radio, c’est à dire avec une attention accrue – en goûtant sans effort ce que la nature et l’environnement vous offrent en pareil cas. Je me sentais comme une personne qui, ayant du temps à perdre, s’arrange paradoxalement pour ne pas en perdre un pouce, sachant que, généralement, lorsqu’on veut gagner du temps, on s’efforce de ne pas en perdre…Bon !

Sur la gauche s’élevait, majestueuse et immuable, the Gateway of India, affublée de sa grande arche centrale et de ses quatre tourelles, érigée en 1911 pour commémorer la venue en Inde par la mer du Roi George V et de la Reine Mary, le tout résumant assez bien la fusion des arts gothique, mauresque et rococo, somme toute plutôt de mauvais goût mais allant bien dans ce décor anglo-oriental. J’en veux pour preuve l’hôtel Taj Mahal dans lequel j’étais descendu et auquel je tournais le dos bien que ce fût un établissement distingué. L’ambiance qui y règne est composée d’un subtil mélange de luxe rutilant et d’une carence notoire de moyens techniques modernes, parfaitement étudiée, comme si « désuet, vieillot » étaient, pour le décrire, les  incontournables qualificatifs utilisés dans les guides touristiques. Et de fait. Le vaste – que dis-je – le gigantesque hall peut s’ enorgueillir d’un pavage de marbre rose et gris miroitant  mille feux, interrompus de temps à autre par des tapis aussi moelleux que bariolés, de colonnes aux fûts du même marbre, des kilomètres, j’exagère un peu, de desks - reception, enquiries, room service, travel agency, change, et j’en passe-, tout de bois sombres incrustés de modénatures cuivrées et d’usure crasseuse parfaitement propre ; au plafond, beige-brun, des ventilateurs à larges pales tournent lentement brassant un air qui se veut climatisé mais, surtout, ce qui brasse l’air, ce sont les clients, les chasseurs, les guides qui vont et viennent de nulle part, parlent , questionnent, répondent, vocifèrent, hèlent, négocient, baillent, vitupèrent, bref, vivent la vie quotidienne d’un grand hôtel international. Il est clair que, pour celui qui veut s’y pencher après s’être assis confortablement dans un de ces fauteuils repus, le spectacle vaut son pesant de roupies. Je m’y étais laissé prendre la veille au soir et, depuis mon fauteuil d’orchestre, j’avais observé une touriste américaine, lunettes en forme de papillon naturalisé, qui, accoudée au comptoir des enquiries faisait suer le burnous depuis un bon quart d’heure à un jeune clerk, probablement stagiaire. Elle avait l’air excédé à la façon dont elle menaçait le pauvre garçon par des : « I will complain, I surely will ! I wanna talk to the manager ». Le jeune homme était rouge de honte, vert de rage et blanc de crainte, alors qu’en réalité il était plutôt noir mais cela fait partie des façons d’écrire dont on ne mesure pas toujours l’absurdité quand le mot est sous la plume. En guise d’affectation que le jeune préposé pouvait légitimement envisager comme un possible bakchich conséquent, l’amerloque se faisait du vent avec un éventail constitué de neuf billets de dix dollars neufs tout en répétant d’une voix nasillarde : « Oh my God ! It’s really hot in here!” Finalement, voyant que ses réclamations s’apparentaient à des coups de couteaux dans du loukoum, la yankee replia son éventail, le remisa dans son portefeuille et s’éloigna du comptoir en lâchant : « Forget it ! I’ll write a letter », laissant notre apprenti amer et déconfit, ce qui, j’espère, lui aura appris l’existence des conflits amers !

Mon regard s’était déporté vers l’amorce du grand couloir menant aux salles à manger et à la grande piscine et j’avais reconnu le réceptionniste entarbouché dont le fatalisme m’avait ébahi l’avant veille au soir à mon arrivée à l’hôtel. Consciencieux et diplomate, le gars m’avait informé qu’en raison de travaux sur les circuits de la climatisation des chambres, on ne pouvait pas me donner la chambre  que j’avais réservée, mais qu’à cela ne tenait, j’aurais une chambre équivalente…



 The Gate of India

Sur le parapet, mon désœuvrement fut soudain troublé par un : « ‘Morning, Sir ! Fancy for an ancestral fight ?”, accompagné d’une petite tape familière sur l’épaule. Un petit homme, tirebouchonné,  ressemblant à une section de fil de fer barbelé rouillé prélevée sur les barrières du camp de Buchenwald, me considérait d’un regard chargé d’une profonde affection commerciale. Un assez grand panier d’osier, retenu par une courroie de cuir à l’épaule, oscillait sur sa hanche droite sous les vibrations de quelque chose de vivant qui s’agitait à l’intérieur. Je pivotai sur les fesses pour repasser les jambes du bon côté du parapet et, vu que j’étais parti pour baguenauder ce matin-là, je me laissai alpaguer par ce montreur de…De quoi, au fait ?
« Look here ! », me dit-il en entrouvrant le couvercle du panier mais le soleil, venant brusquement de percer la brume, m’empêcha d’en distinguer le contenu. Devant mon air inquisiteur, il débita : « This is the mongoose… » et, exhibant un  petit sac de jute qu’il tenait dans la main droite : « …and here is the cobra, fancy ? » D’emblée, une facétie effleura mes lèvres : (On devrait dire « ma oie » mais tu as raison, on dit « mon oie » !)  mais, je réalisai qu’il ne pouvait être en mesure d’apprécier  cette subtilité qui supposait tout d’abord la maîtrise combinée du français et de l’anglais, mais en plus, une tournure d’esprit que la grande majorité des gens n’a pas. Quoi qu’il en fût, vu le niveau de son pigeon english, je m’abstins, préférant un vague hochement de tête. Mais, très leste, le fil de fer avait déjà posé ses paniers sur le trottoir et déjà, autour de lui, s’était attroupé une bonne dizaine de badauds pensant pouvoir profiter de l’aubaine. Avec la rapidité dont devraient s' inspirer
les facteurs suisses, il sortit une natte crasseuse et circulaire de son saroual et la déroula sur le trottoir, en releva les bords pour en faire une manière de ring, enfouit son bras dans une des poches du saroual – c’est fou ce qu’on peut mettre dans un saroual - et en sortit une sorte de flûte de bois, puis  cala ses fesses sur ses talons, ses genoux à la hauteur des omoplates. Il jeta un regard circulaire sur la petite assemblée qui comptait maintenant pas loin d’une vingtaine d’individus, tous indiens, ce qui était somme toute rassurant si on part du principe « qu’indien vaut mieux que deux tu l’auras » ! Bref, il se racla la gorge et cracha très précisément au centre du ring, puis, l’index levé, répéta : « Very rare ancestral fight… » Au même instant, une mouette passant au dessus de t’attroupement lâcha un copieux guano qui tomba à deux doigt du crachât de l’amuseur, dans un bruit sourd et flasque, ce qui, bien entendu, déclencha l’hilarité de l’assistance. Ce qui n’eut pas l’air d’amuser l’amuseur, vu l’empressement avec lequel il se mit à essuyer ce paquet cadeau tombé du ciel. A vrai dire,  il en était même fortement offusqué, comme si cet envoi, hautement symbolique, signifiait que son spectacle, avant même qu’il fût présenté, ne valait pas un clou de fakir, voire moins…Je crus même un instant qu’il allait remballer son saint-frusquin et renvoyer son ancestral fight à ses origines, mais non, il se contenta de recracher mais, cette fois, en dehors du ring, puis, avec l’air des gens du cirque qui se concentrent avant d’ exécuter un numéro périlleux, il porta le pipeau à ses lèvres roses et entama une série de notes fantaisistes, probablement inventées, le tout dans un rythme proche de la syncope. Cela faisait penser au moment où, dans un concert, les
                                            

 

  L’amuseur


musiciens accordent leurs instruments dans une joyeuse cacophonie. De sa main droite, il souleva le couvercle du gros panier d’où, d’abord, s’échappa un essaim de mouches, assez belles dans l’ensemble, de ces mouches que nous qualifions d’une périphrase triviale, si vous voyez ce que je veux dire. Entre temps, le soleil avait fini par trouer totalement l’épais voile de brume qui persistait encore sur la mer mais qui, dès lors,  permettait de mettre des images sur les sons aquatiques. L’empressement que manifestait l’animal  pour sortir du panier laissait entendre qu’il n’avait pas réellement envie de s’exhiber en public, ce matin-là. Je pense qu’il devait d’ailleurs savoir ce qui l’attendait et ce n’est que lorsque l’amuseur donna un coup de pipeau sur l’un des montants du panier, qu’un museau hérissé d’une moustache blanche comparable à deux petits fagots d’arêtes de poisson se hasarda au milieu du rond obscur. La mangouste finit par sortir, lentement, s’arrêtant plusieurs fois, comme pour prendre la température, considérer le public, le tout d’un air de dire : « Quand faut y aller, faut y aller ». Il faut bien reconnaître qu’il  s’agissait-là d’une mangouste qui avait quelques heures de vol, j’en veux pour preuve son poil assez mité – presque blanc - , ses yeux délavés, ses griffes dont on aurait pu penser qu’elles avaient été manucurées, limées, astiquées, et puis surtout, pardonnez-moi je radote, ses moustaches…Ah, les moustaches, comment dire, elles avaient quelque chose d’alimentaire…d’alligator…d’aligoté…enfin, elles avaient quelque chose qui rappelait Dali ! Cela dit sur ce Dali, je ne sais si c’est par le truchement ou non de cet appel inexplicable des planches, ce frisson irrésistible mêlé de trac et de vanité  qui touche généralement les acteurs et qui se manifeste par une décharge d’adrénaline qui, il est bon de le rappeler, est une hormone sécrétée par la glande surrénale, qui stimule l’organisme, notamment en accélérant le rythme cardiaque et en dilatant les bronches, bien ! mais notre mangouste s’ébroua soudain, fit le tour du ring comme pour saluer le public puis s’arrêta assise sur son train, les pattes avant croisées. L’amuseur crut bon de dire, le pouce levé : « Good mangoose…good ! » D’un geste de prestidigitateur, il s’empara d’un sac de jute, l’ouvrit et reprit la pipeauphonie. C’est alors que sortit le serpent à lunettes – qui n’avait pas l’air myope du tout – dans un enroulement d’écailles étincelant et musclé, les branchies gonflées comme un cerf-volant de plage et la gueule entr’ouverte d’où dardait une langue bifide qui me fit penser à ces petites fourchettes à escargot. L’ensemble des badauds eut un mouvement de recul et émit un « oooh… ! » parfaitement synchronisé. A la vue de la mangouste, le cobra s’installa au milieu du ring, lové comme un tuyau d’arrosage, la tête pivotant à la manière d’un périscope. De son côté, la mangouste se mit à tourner autour du reptile, dans le sens des aiguilles d’une montre, de plus en plus vite, entrant par à-coups brefs dans le périmètre d’une possible morsure. Stop. Repartit dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, tout en se rapprochant dangereusement du périscope qui ressemblait à une serpillière que l’on essore tant il s’entortillait sur lui-même, la mâchoire grande ouverte et les yeux injectés de venin, vert les yeux, d’un gris vert émeraude. Spontanément, le public avait pris un peu de recul, sans doute pour se prémunir d’un éventuel bond inopiné du reptile, qu’il fit d’ailleurs tel un ressort de fauteuil brusquement  libéré de ses atèles, mais la mangouste esquiva cette attaque fort habilement en se réfugiant momentanément, de face, dans un coin du ring – si on peut dire. Sortit alors de la bouche de l’amuseur un petit bruit sec, redoublé, ce bruit d’excitation que fait l’arabe du coin de la bouche en aspirant entre les dents et la langue  pour stimuler son bourricot. Accompagné d’un geste péremptoire de la main gauche que, sans être un spécialiste de la sémiotique, je reconnus comme un signal de mise à mort, ce bruit fit trembler, s’ébrouer la mangouste. Elle s’arcbouta pointée vers le naja qui était resté figé dans sa position de ressort-périscope-serpillière et dont, seule, la langue s’activait à la vitesse d’une étincelle. Avant de bondir, elle émit un chuintement sourd venant du fond de la gorge, à la manière d’un chat aux abois. Puis bondit sur le serpent. Pendant quelques secondes, le ring devint un pot bouillonnant de poussière, de poils, d’écailles, de sifflements et de grognements si bien qu’on ne pouvait distinguer lequel, de la mangouste ou du cobra, allait sortir vainqueur.
                                 
 


Les combattants


Sous une pression soudaine de la mâchoire de la mangouste, du sang gicla sur les bords du ring que la queue du serpent balayait à la manière d’un métronome déréglé. L’étreinte dura une minute ou deux, - comme la plupart des étreintes - puis, lorsque le regard du serpent à lunettes devint vitreux et que sa queue n’émit plus que quelques tremblements éparses, la mangouste se redressa, offrant à l’assemblée un spectacle de fin de réveillon, ou d’après carnaval, si vous voulez. Un des spectateurs applaudit et, tandis que l’amuseur commençait à ranger son bazar tout en me jetant des regards…comment dire, concupiscents ?, non pas vraiment, plutôt de convoitise, les autres, voyant le coût venir, commençaient à se dégager avec l’air de dire : « bon, moi j’ai un train à prendre… » ou bien : «en fait, j’étais sorti pour aller chercher du pain… »,moi-même, à peine avoir dit : « hé, mais c’est que le soleil commence à être chaud », que le montreur s’était relevé et m’adressait : « OK, give me 300 rupies ! » Je me retournais pour vérifier s’il ne s’adressait pas à quelqu’un d’autre tout en faisant une rapide conversion. (300 x 0,50 = 150, 150 francs !). Derrière moi, il n’y avait que la mer bleutée et tous ses colifichets habituels ; c’était donc bien à moi que le bateleur demandait 300 roupies. Je fis signe que non. “ You owe me 300 rupies…or 50 dollars, as you wish!” Je tentais de lui expliquer que je ne lui avais rien demandé et qu’il y avait là une bonne douzaine de personnes susceptibles de participer à sa quête et que, de toutes façons, 300 roupies me paraissait une somme excessive. « In India, a cobra costs a fortune », ajouta-t-il, passablement énervé. Un instant, l’idée me vint de lui dire que, dans ces conditions, il aurait mieux valu faire gagner le cobra, mais le gars avait agrippé la manche de ma chemise et tirait dessus en répétant comme un automate « 50 dollars, 50 dollars… ! ». Déjà, quelques badauds désœuvrés s’arrêtaient à notre hauteur dans l’espoir d’assister à une nouvelle joute ; une femme indienne me fit un signe négatif de la tête, l’air de vouloir dire « il fait le coup à tout le monde…ne payez pas ! » ; un garçonnet, torse nu et famélique, battait des mains, toutes dents dehors ; je sentais que je devenais le clou d’un tour de fakir dont je ne voulais pas être la semence ! Je me dégageai brusquement et traversai la rue – du coup hors des clous – en direction de l’hôtel. L’amuseur, qui n’avait plus du tout l’air de s’amuser, me suivit en proférant des mots que je ne comprenais pas mais qui, compte tenu de son ton, ne ressemblaient guère à une déclaration d’amour (il y a des situations dans lesquelles on devient très perspicace !). Au milieu de la rue, j’évitai d’abord sur la gauche un rickshaw un peu gauche qui roulait à gauche –ce qui était normal - et, sur la droite, un chauffard maladroit qui roulait à droite – ce qui était son droit mais ce qui n’était pas normal ! Le bateleur fit de son côté, avec le rickshaw, une passe de muleta risque chaud, assez épurée dois-je dire, et revint à la charge, mais cela m’avait permis de le distancer un peu. Je m’engouffrai dans le tambour du Taj Mahal sous le regard ahuri des deux chasseurs à qui je jetai un S.O.S. comme : « Ce type-là derrière moi est un fou…faites quelque chose !!! » Ils s’interposèrent immédiatement, le saisirent, l’un par la vareuse, l’autre par le fond du saroual – c’est fou les ressources du saroual – et repassèrent ainsi tambour-battant le cylindre de vitre et de cuivre au travers duquel je pus constater comment, en Inde, on vide un importun, stricto sensu

         Essoufflé, un peu honteux malgré tout, je m’étais réfugié au bord de la grande piscine, encore déserte à cette heure de la journée. Après l’excitation du combat, l’animation de la rue, le brouhaha du hall et cette cavalcade, l’ambiance de cette piscine luxueuse, propre et calme, bordée de riche végétation tropicale se reflétant dans le bassin à peine irisé me calma aussitôt. Je choisis de m’asseoir dans l’un des fauteuils de rotin agrémentés de coussins grège disséminés tout autour pour boire les rayons d’un soleil proche du zénith. Un loufia en veste blanche s’était approché sans que je le visse pour me proposer : « You’d like a drink, Sir ? ». Ces gens-là ont des yeux dans le dos ! « Scotch on ice with soda water, please ! ».

         Entre temps, de l’autre côté de la piscine, s’était installée sur une natte de plage une femme jeune, mince et blonde. Elle prit un certain temps à se passer une huile bronzante sur le corps avant de se laisser glisser dans le bassin,  ne créant à la surface de l’eau qu’une légère ride, souplement et sans bruit telle une vipère d’eau. J’avais la bouche sèche et mon Scotch n’arrivait pas. Elle se mit à nager dans ma direction en longues brasses semi coulées, ses tempes émergées perlant de gouttes adamantines, ses cheveux flottant comme un filet de traine, lentement, rythmiquement, jusqu’à ce que je pusse apprécier la couleur de ses yeux. Gris vert émeraude, les yeux ! Le naja ! Cette sirène avait les yeux du naja. Le feu cobra n’avait pas échappé au mythe indien de la métempsychose et s’était réincarné en cette femme superbe qui présentement fondait sur moi pour…pour…
Pris de panique, je quittai précipitamment la grande piscine et me réfugiai dans ma chambre n° 4102, en nage, tandis que le naja nageait.
Je n’ai jamais bu mon Scotch !





Bombay, avril 1987

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire